« Et j’ai dit en mon cœur: J’aurai le
même sort que l’insensé; pourquoi donc ai-je été plus sage? Et j’ai dit en mon
cœur que c’est encore là une vanité. Car la mémoire du sage n’est pas plus
éternelle que celle de l’insensé, puisque déjà les jours qui suivent, tout est
oublié. Eh quoi! Le sage meurt aussi bien que l’insensé! Et j’ai haï la vie,
car ce qui se fait sous le soleil m’a déplu, car tout est vanité et poursuite
du vent. J’ai haï tout le travail que j’ai fait sous le soleil, et dont je dois
laisser la jouissance à l’homme qui me succédera. Et qui sait s’il sera sage ou
insensé? Cependant il sera maître de tout mon travail, de tout le fruit de ma
sagesse sous le soleil. C’est encore là une vanité. Et j’en suis venu à livrer
mon cœur au désespoir, à cause de tout le travail que j’ai fait sous le soleil.
Car tel homme a travaillé avec sagesse et science et avec succès, et il laisse
le produit de son travail à un homme qui ne s’en est point occupé. C’est encore
là une vanité et un grand mal. Que revient-il, en effet, à l’homme de tout son
travail et de la préoccupation de son cœur, objet de ses fatigues sous le
soleil? Tous ses jours ne sont que douleur, et son partage n’est que chagrin;
même la nuit son cœur ne repose pas. C’est encore là une vanité.
Il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à
manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son
travail; mais j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. Qui, en effet,
peut manger et jouir, si ce n’est moi? »
Bible